sábado, 27 de maio de 2006

"En avant, jeunesse !" : la magnificence maladive de Costa

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-766360,36-776801,0.html

Quel beau titre que celui-là ! Emprunté au nom des jeunesses communistes cap-verdiennes, il couronne, avec un rien d'humour noir, le film désolé de cet auteur portugais situé, par sa radicalité, aux extrêmes confins de la planète cinéma. On ne voit jamais venir sans trembler un film de Pedro Costa dans la fatigue d'un grand festival international. Longs, exigeants, défiant les lois ordinaires du spectacle, ces films mettent à rude épreuve la patience des spectateurs d'aujourd'hui, moins rompus que ceux des années 1970 à remettre en question leurs attentes. Ceux qui traversent l'épreuve en sont néanmoins récompensés par le sentiment de la beauté qui s'en dégage.

En avant, jeunesse ! est donc par excellence le film hardcore de ce Festival de Cannes. Il poursuit une démarche entreprise par le cinéaste avec Ossos (1997), prolongée avec Dans la chambre de Vanda (2000) : filmer la population du bidonville à majorité cap-verdienne de Fontainhas, aux portes de Lisbonne, se tenir au plus près de ces anciens colonisés devenus dans la capitale des exclus de l'intérieur. Misère, drogue et violence y font des ravages. La question de la représentation cinématographique s'en trouve posée avec une acuité plus forte. Voilà dix ans que Costa s'y frotte et en nourrit son oeuvre, sous les auspices d'une magnificence maladive qui fait débat (esthétisation de la misère ou partage d'une dignité esthétique ?). Cette persévérance, avec ce qu'elle signifie d'engagement, force le respect.

Ce troisième volet peut être considéré comme un film de transition. Quittant les derniers réduits insalubres promis à la démolition de Fonthainas, Costa s'aventure avec quelques-uns de ses personnages dans les barres modernes où l'Etat a entrepris de les reloger.

On y retrouve la magnifique Vanda en mère de famille en proie aux affres d'une cure de désintoxication, on y découvre plus particulièrement l'un des derniers résistants du bidonville, prince des élégances du quart-monde, Ventura, qui donne du fil à retordre aux fonctionnaires qui voudraient l'emmurer vivant dans le grand clapier.

On y passe surtout des clairs obscurs du ghetto, où les morts-vivants se soutiennent dans une lumière de crypte, à la blancheur éclatante du nouveau quartier, qui semble les vitrifier dans la solitude de leur appartement modèle. Ici et là, la même lancinante absence de ciel, le même soleil noir de la mélancolie, rendus plus implacables encore par le contraste lumineux des murs du nouveau quartier. La lutte continue donc entre le système qui veut les voir disparaître et le cinéaste qui ne renonce pas à manifester leur révoltante présence au monde. Et en avant jeunesse !

Film portugais de Pedro Costa avec Ventura, Vanda Duarte, Beatriz Duarte, Gustavo Sumpta. (2 h 34.). En compétition.

Jacques Mandelbaum

Um comentário:

Lucian Chaussard disse...

ok, estás certo, fui pouco rigoroso dado meu pouco conhecimento. vou baixar algo de Pedro Costa. valeu.

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