quinta-feira, 11 de maio de 2006

En quatrième vitesse

CINéCINéMA CLASSIC, 20 h 45.

par Louis SKORECKI

Dans ce beau film de 1950 signé Aldrich, un cinéaste que je n'aime pas (trop vulgaire, trop violent, trop Peckinpah), le spectateur décolle plus vite qu'il ne faut de temps pour le dire. Vitesse, anticipation, précision, c'est un prototype, un film assez culte dans les salons de la cinéphilie pour qu'on n'insiste pas trop. Avec un élan de lyrisme assez rare chez lui, Lourcelles compare «la profondeur révolutionnaire» du film («de celles qui renouvellent de fond en comble un genre») aux fureurs résistantes de Rome, ville ouverte (Rossellini, 1945) et aux chorégraphies fauves d'Un jour à New York (Gene Kelly/Stanley Donen, 1950). Il y va un peu vite. Il y va même en quatrième vitesse. Trop vite pour qu'on le suive. Violence, oui. Baroque, oui. Distance, oui. Mépris de l'auteur pour son héros, évidemment. Mais comparer En quatrième vitesse à Règlements de comptes, chef-d'oeuvre plus noir que noir de Fritz Lang, sous prétexte que Lang «maintenait chez le héros la croyance en certaines valeurs qu'il défendait contre vents et marées», c'est adopter un point de vue moral sur le cinéma, qui s'en passerait bien volontiers.

Plus prosaïquement, il s'agit d'un film noir wellesien (Paul Stewart vient en droite ligne de Citizen Kane), plus proche de l'inquiétante étrangeté de la Soif du mal ou du motel de Psychose. On balance dans le cynisme de Mickey Spillane (qui a inventé le personnage de Mike Hammer, si bien joué ici par Ralph Meeker), on lorgne même vers le fantastique et la science-fiction dans l'épilogue apocalyptique de la fin, mais on ne décolle pas du monde réel, comme chez Lang ou Tourneur (ou même Rossellini). Surréalisme brut n'est pas audace suprême, et c'est plutôt du côté chauffé à blanc (et curieusement glacial) de la photo du grand Ernest Lazlo que se trouve la clé du mystère de ce film si noir, si blanc, si transparent. Oui, c'est un ovni et il n'y en a pas beaucoup au cinéma. Ce n'est déjà pas mal. Mais c'est tout.

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