quarta-feira, 3 de maio de 2006

La Cinémathèque nouvelle vogue

La maison fondée par Henri Langlois en 1936 rouvre ses portes à Paris-Bercy.

par Antoine de BAECQUE
QUOTIDIEN : samedi 24 septembre 2005

Danger : Diabolik. C'est le titre du film de Mario Bava (1968), un must de la série B qui fut, mardi, la première oeuvre projetée dans la nouvelle salle de la nouvelle Cinémathèque. Devant un personnel qui a doublé ces derniers mois (de 80 à 160 personnes), ce joyau baroque, érotique et d'effroi a produit un effet revigorant. Le personnel de la Cinémathèque en a besoin, car ce titre pourrait aller comme un gant à l'histoire récente de la prestigieuse maison fondée en 1936 par Henri Langlois. Ballottée entre indépendance et financement d'Etat, errant depuis vingt ans entre nombre de projets, bâtiments, appellations, directions, présidents, la Cinémathèque française ne savait plus très bien où était sa vocation ni quel havre pouvait l'accueillir.

Mais ça y est, elle rouvre enfin. Lundi, ce sont les huiles qui inaugurent (Chirac, Villepin, Donnedieu) en visionnant le Fleuve de Jean Renoir et, mercredi, le public pourra découvrir le bâtiment beige un peu biscornu construit il y a plus de dix ans par Frank Gehry ­ il a existé quelques mois en 1995 comme American Center, avant de fermer pour faillite. Une manière d'arrêter une longue spirale d'échecs, de redressements, de nouveaux échecs. Et surtout de souhaiter bienvenue aux spectateurs et visiteurs, en clamant : «Maintenant, place aux films !» En légère avant-première, visite des lieux avec points forts et points noirs.

Accueil chaleureux, un peu coûteux

Après quelques mois de fermeture, la Cinémathèque a abandonné la salle historique du Palais de Chaillot et celle des Grands Boulevards, rendez-vous des cinéphiles, pour rouvrir à Bercy, dans un quartier (XIIe arrondissement) dévolu aux affaires et aux commerces, assez neuf mais peu avenant, même si le bâtiment de Gehry est posé à l'orée des jardins de Bercy. Il fallait que l'accueil intérieur compense la froidure du dehors. Tout en bois sur fond de pierre grise, avec un personnel multiplié, il tente d'y pourvoir, distribuant les entrées vers un hall surélevé qui permet d'accéder aux activités : salles de cinéma, salles d'expositions, bibliothèque-médiathèque, ateliers pédagogiques, bientôt librairie et cafétéria. Mais ce n'est pas donné : film plein tarif à 6 euros, expo à 9 euros, musée à 4 euros, et pass tout accès illimité à 10 euros par mois.

Quatre salles sobres et impeccables

Sûrement le point fort : quatre salles neuves au design sobre et impeccable. La grande salle Henri-Langlois, bleue, de 415 places ; la salle Georges-Franju, rouge, de 199 fauteuils, permettant une double programmation ; la salle Jean-Epstein, grise, de 94 sièges, dédiée aux classiques, proposant une encyclopédie visible du cinéma mondial ; et une salle de 83 places pour les scolaires. L'équipement est promis comme le nec plus ultra technologique : du 8 mm au 70 mm pour les formats pellicule, des lanternes magiques au numérique et à la vidéo, on pourra tout montrer à la «Thèque». La programmation (dirigée par Jean-François Rauger) commence avec l'intégrale Renoir, mais aussi un hommage à l'acteur Michael Caine, bientôt des rétrospectives Cronenberg et Douglas Sirk.

Département pédagogique renforcé

En entrant dans une enfilade de petites salles, on tombe sur d'étranges objets en plastique. Luges pour rebondir le long du bâtiment ? Plateaux repas trop garnis ? Plutôt des «rehausseurs» pour enfants, symboles de la principale initiative récente de la Cinémathèque : pouvoir accueillir des classes et des gamins en famille, leur montrer des films dans une salle conçue à cet effet, les faire travailler en ateliers sur de la pellicule, des appareils de projection, d'enregistrement, anciens ou récents. Ce département pédagogique existait déjà mais le personnel a plus que doublé, affirmant une vocation qui aimerait s'inscrire en complément d'un plan «Art à l'école» digne de ce nom, pour le moment sacrifié au niveau ministériel.

La BiFi fait son come-back

Créée en 1992 sur les décombres des salles de lecture de la Cinémathèque, bénéficiant de collections impressionnantes (21 000 ouvrages et revues, 500 000 photos, 18 000 affiches, 10 000 dessins), la BiFi (Bibliothèque du film) s'était émancipée et installée près de la Bastille dans des locaux accueillants et agréables. Dix années plus tard, ayant accumulé près de 5 000 DVD et vidéocassettes, elle rejoint le giron originel, ce qui n'est pas gagné d'avance tant les habitudes semblent différentes désormais entre Cinémathèque et BiFi. Du moins, semble-t-elle confortable ment installée, avec de l'espace sur trois niveaux à disposition et des activités préservées : des consultations généralistes aux recherches les plus pointues en archives. Mais il sera difficile de faire oublier le charme de la rue du Faubourg-Saint-Antoine.

Le musée du Cinéma sacrifié

C'est le point noir. Henri Langlois avait conçu son musée au début des années 70, racontant le cinéma selon ses visions, ses rapprochements, son génie propre, en puisant dans la plus belle collection cinématographique du monde (appareils, photos, costumes, objets, affiches, films, manuscrits...). Reconnu «oeuvre de l'esprit», fermé en 1997 après incendie et inondations, le musée n'est pas reconstitué, ni même réactivé par la nouvelle Cinémathèque. Si la scénographie de Massimo Quendolo est élégante, lumineuse sur fond noir, la place fait cruellement défaut : un cabinet de curiosités, niveau 2, permet de voir les plus belles pièces, et un espace «thématique» tout en haut, niveau 7, présente les acquisitions récentes. Cela s'appelle Passion cinéma, mais l'on ne sait pas trop comment circuler dedans. Les deux conservateurs, Laurent Mannoni et Marianne de Fleury, aux compétences reconnues, n'en peuvent mais : il y a un an et demi, le président de l'établissement, Claude Berri, a brusquement décidé, à la stupéfaction générale mais sans rencontrer d'opposition, de consacrer le plus bel espace du bâtiment, la grande galerie, à des expositions temporaires de peinture. Certes «liées au cinéma», mais exit le musée Langlois. Le premier exemple, l'exposition Renoir/Renoir, qui ouvre mercredi, juxtaposant peintures du père et fragments de films du fils, n'est guère concluante : degré zéro de la pensée sur le cinéma, elle propose le double assassinat de la peinture par les images en mouvement, et inversement. Bref, une démonstration par l'absurde de la nécessité de recréer un vrai musée du Cinéma en France.

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