quarta-feira, 3 de maio de 2006

Le Mépris

CINéCINéMA AUTEUR, 16 h 50

par Louis SKORECKI

A seize ans, je n'aimais pas Godard. Je ne rêvais pas de lui. A 18 ans, c'était plus compliqué. J'étais devenu une sorte de rabbin laïque qui ressemblait comme deux gouttes d'eau au jeune Presley. En plus beau, évidemment (j'ai les preuves), un fils illégitime de Douchet et de Renoir. Ces deux-là, je les aimais d'amour, je les enviais, ils étaient mon idéal du moi, un idéal impossible à atteindre. A vingt ans, c'était devenu surréaliste. J'aimais le jazz, l'aventure, je suis parti à la conquête de Hollywood, là où se cachaient Dwan, Walsh, Tourneur, Fritz Lang, Douglas Sirk, et mon cher Jean Renoir. L'année de mes vingt ans sort enfin le premier Godard à m'avoir donné des frissons (comme à tous les jeunes crétins de l'époque), les Carabiniers. Vous vous demandez pourquoi je vous raconte ça. Patience, ça vient.

En 1963, l'année des Carabiniers, un drôle d'objet volant sort dans les salles de cinéma, presque une météorite. C'est le Mépris. Je ne suis pas encore amoureux de Godard, mais je sais déjà, dans le no man's land de mes certitudes à venir, que ce film-là ne ressemble à rien. Quelques mois après le Mépris, j'ai vu le premier Godard qui m'ait vraiment enthousiasmé, Bande à part. Je comprends seulement aujourd'hui que l'ombre de Bande à part masquait le soleil du Mépris, et que j'étais trop jeune, trop con pour le voir. J'avais une excuse. L'été 1963, juste avant le tournage du Mépris (Bardot, Piccoli, Georgia Moll, Jack Palance, Lang, excusez du peu), j'ai rencontré le même Fritz Lang chez lui, à Hollywood. Je l'ai retrouvé à la rentrée 1963, assis au premier rang de la cinémathèque de Chaillot. Je reprends la conversation là où elle s'était interrompue. C'est alors qu'un jeune homme mal rasé s'approche de nous. Il s'adresse à Lang. «Monsieur Fritz Lang, vous vous rappelez de moi, Jean-Luc Godard.» Je me suis éclipsé sur la pointe des pieds. J'étais furieux. J'étais jaloux.

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