segunda-feira, 28 de junho de 2010



Valeu Caraça, fez o meu dia.

Ok, agora falando sério.

O personagem se fode, o mundo é "cruel" e, no caso, o autor ainda quer afirmar que a miséria e a dor não são deterministas pois esses personagens têm uma potência auto-determinante, ainda por cima "poética"?

Façamos a pergunta de outra forma: há algo no cinema de hoje mais francamente oposto, na contramão direta do cinema do Pedro Costa que O Céu de Suely?

Quero que me expliquem como esse papo de "potência do personagem" não é expediente para eximir o realizador de uma má-consciência burguesa.

O que não seria nada, ou muito pouco, se o Ainouz não fosse tão absolutamente incapaz de dramatizar e encenar devidamente os seus recalques. Há um mundo de diferença separando esse protótipo de cinema acomodado em um olhar supostamente "generoso" (na realidade complacente e até mesmo auto-complacente) dos verdadeiros grandes filmes, generosos ou não, do cinema (Terra Sem Pão, De bruit et de fureur, Rio das Mortes, Millennium Mambo, Sem Essa Aranha, Run of the Arrow, Vício Frenético '92, Au hasard Balthazar, O Franco Atirador, Contos da Lua Vaga, Stromboli etc. etc. etc.).

domingo, 27 de junho de 2010

Faroeste dirigido pelos Coen? Deus me livre.

sexta-feira, 25 de junho de 2010

domingo, 20 de junho de 2010

Boy Meets Girl. Libé meets Carax. Oui, il existe encore de jeunes cinéastes assez fiers pour parler d'eux à la première personne. A Cannes, nous avons beaucoup aimé «Boy meets girl» de Léos Carax.

DANEY Serge

Un frêle fantôme hante tout le festival, celui du premier film du jeune cinéaste (peut-être) génial. La «révélation», comme on dit dans la presse, l'«espoir», l'assurance que le cinéma continue, produit ses Rimbaud et ses «poètes de sept ans» contre vents et marées, qu'il repart à zéro, qu'il ne meurt pas. Mais en même temps, parce qu'on a trop vanté de talents qui n'ont pas tenu leurs promesses, parce qu'on a appelé «jeunes cinéastes» des débutants tardifs qui n'étaient plus des adolescents depuis longtemps, parce que les producteurs en mal de relève-chair fraîche ont brûlé trop vite de jeunes talents à coups de budgets trop lourds, cette hantise n'ose plus trop se dire. On se contente de savoir gré aux jeunes cinéastes d'aujourd'hui de porter avec eux la sensibilité des années 80, de «ressembler» à leur époque, alors qu'ils n'y ont, évidemment, aucun mérite. Ils arrivent maintenant, très maniérés, souvent nostalgiques, agressifs par force, ignares et très cinéphiles. Ils savent bien qu'il leur est difficile de faire aussi facilement scandale que leurs aînés et qu'il y a une révolte, quelque part, dont on les a privés. Mais ils arrivent, nécessairement.

Hier, nous avons vu Boy meets girl, premier long métrage de Léos Carax. C'est un vrai premier film et c'est (parions sur lui) un vrai auteur.

Mais comme on l'est à son âge, c'est-à-dire à 23 ans. Le film est évidemment inégal, bancal et troué d'impasses, mais il respire le cinéma et il date de 1984. Les comédiens ont l'âge de leur metteur en scène, le héros, Alex, ressemble à Carax comme à un frère, et ils ne parlent que de ce qui les encercle: le mal de vivre, l'envie d'en avoir déjà fini, d'avoir une oeuvre derrière soi, le goût et le dégoût du monde, la pudeur, les idées noires et un ego à toute épreuve. Par ailleurs, Carax a, chose rare, un don pour la poésie.

Un film comme Boy meets girl ne gagne rien a être raconté. Pas parce qu'il y aurait un mystère à préserver dans l'histoire qui n'est jamais que celle ­ bressonienne ­ d'un jeune garçon, la dernière nuit avant son départ pour le service militaire, entre une fille qui l'a quitté et une autre qu'il rencontre, déjà «entre le chagrin et le néant». C'est que le mystère est dans la sûreté de la mise en scène lorsqu'elle donne ce sentiment intenable de précarité, dans la beauté des soliloques à la voix blanche, sans filet.

Il y a deux copains discutant sur les berges de la Seine, la nuit, et l'un se précipite sur l'autre, il y a des confessions sexuelles, très osées et très douces, en voix off, un flipper ouvert et qui clignote quand même, un enfant qui commence un monologue ravagé dans le métro, un homme muet qui reproche aux jeunes «de ne pas parler», des enfants oubliés qui pleurent dans une pièce un soir de réception, des disques volés par amour, une chambre de bonne éclairée par la lumière d'un frigo ouvert, l'orgueil des peines d'amour perdues et une absence quasi totale d'adultes.

Un jeune auteur (Carax?), c'est quelqu'un qui sait qu'il a déjà vu beaucoup de films, vécu peu de choses (mais difficilement, déjà) et qu'il n'y a pas de temps à perdre pour commencer à les dire. Parce qu'on fait le cinéma avec ce qu'on a. Autobiographie et programme exalté de vie à venir (fulgurante), puis moments d'aphasie où l'hommage au cinéma muet n'est pas une coquetterie cinéphile mais un mauvais moment à passer. Horreur d'errer dans un monde «déjà vu» mais «pas encore vécu». Jeune vieillard qui ne pourra que rajeunir.

Il y a quelque chose d'aujourd'hui dans le regard buté d'Alex et de Mireille, adolescents même pas paumés, tout juste «ajoutés» au monde qui les entoure . Et il y a aussi quelque chose d'hier dans leur façon de vivre leur vie comme un destin, mais au futur antérieur, comme dans un roman du XIXe siècle. A même le mur blafard de sa chambre, Alex a dessiné, grossière, une carte de Paris sur laquelle il porte soigneusement les lieux et les dates de tout ce qui fut pour lui «une première fois». Belle image pour un premier film: naissance, premier baiser, première tentative de meurtre, etc.

Il y a aussi quelque chose d'aujourd'hui dans cette manière de Carax de recommencer le cinéma autobiographique de la nouvelle vague (de Godard à Garrel, mais aussi de Skolimovski à Bertolucci), plus dans le Paris lumineux libéré des studios que nous découvrait Coutard mais dans un Paris nocturne, obscur, contrasté, entre chien et loup, strié de néons et de faux jours, le Paris de tous les cinéastes de sa génération.

Qui est Léos Carax? Un double d'Alex, mais encore? Léos non plus n'est pas grand, il porte des vestes immenses qui le font paraître encore plus jeune, il ne parle pas beaucoup, il a fait un court métrage (Strangulation blues), il ne vit que du cinéma. Il ressemble aussi au Léaud qui volait des photos de stars dans les 400 coups. C'est lui, souvent, qui vient demander à une vendeuse d'une grande librairie de cinéma parisienne si elle n'a pas «des trucs nouveaux» sur Godard. Des affiches ou des photos. Car, le lecteur l'aura compris, Godard est un dieu pour Carax.



































sábado, 19 de junho de 2010

segunda-feira, 14 de junho de 2010

domingo, 13 de junho de 2010

De Columbo à Mad Men : 50 ans de cinéma, de télévision … et de chute libre

CAHIERS: And Mizoguchi’s films, don’t you think that they deal directly with politics?

YOSHIDA: Mizoguchi is considered as a “réaliste à la japonaise,” a realist who depicts things such as they are. This is of course a very vague definition, which I will try to make clear by means of an example: if one wants to speak of the past, one cannot help but interpret it from the point of view of the present. The directors of Mizoguchi’s and Kurosawa’s generation were always at risk of falling into the trap of humanism, a trap Mizoguchi knew well. For example, he deals often, in his films, with prostitutes. For us, we considered them to be “alienated” by society, but Mizoguchi preferred at the same time to talk of the pleasure that such a woman might experience, and in this he came to the very brink of the problem. The best of Mizoguchi’s works from this perspective is The Sisters of the Gion (the 1936 version) – this is an absolutely anti-humanist film.

CAHIERS: But for example, in The 47 Ronin, doesn’t Mizoguchi reject the specific political meaning that would have been attached to the story at this time [i.e. this film was made during the war – Trans.], in order to give it a completely different one?

YOSHIDA: It’s a long time since I saw this film, and I only have a vague memory of it. Nevertheless, I think that your point is well taken: Mizoguchi is a filmmaker who appears to have turned his back on political issues, whereas in reality he wanted to go beyond them. According to him, politics is only one of the elements that make up a particular period, and what he sought was to get to the very bottom of the situation. But our situation is more complex than that of his time; even if one wanted to take the same attitude, it wouldn’t be possible to get to the bottom of things. In his time there was a very clear distinction between oppressor and oppressed, between power and the people. Thus, Mizoguchi’s mode of realism was completely effective. He was perfect, but this wouldn’t be the case for our time.

CAHIERS: And Mizoguchi’s final films, such as New Tales of the Taira Clan – don’t you think that they are more expressly, more openly political?

YOSHIDA: When it comes to this film, as with many others by Mizoguchi, the reaction of Japanese and French viewers has been different: perhaps your judgment is better due to your greater cultural distance. Nevertheless, I find that – in contrast to Ugetsu and Street of Shame, which are quite beautiful – Mizoguchi’s two color films (The Empress Yang-Kwei-Fei and New Tales of the Taira Clan) are “costume-plays.” It seemed to me that in those films Mizoguchi lost his dynamism, his “transparent” realism. (He found his energy again, however, with Street of Shame.) Maybe the evolution of his films corresponded to the evolution of the situation in Japan.

I’d like to add something here, in order to draw sharper distinctions among the three best-known filmmakers of the older generation, Mizoguchi, Ozu, and Kurosawa. Specifically, in order to try to define their various successes as “realists.”

Ozu, from the start, dealt in his films with the condition of the Japanese family, of the Japanese citizen. Right after the war, the family-system was in crisis. Japanese had a profound attachment to the family, and Ozu’s films, which depicted a vanishing family life, were very effective, they were profoundly realist. But once peace was established, he felt obliged to deal with young people who leave their families, and all of these young characters were very banal: this is how he lost his realism.

I’ve already spoken of Kurosawa, of his stoicism. His realism could easily accommodate itself with the intentions of the Japanese establishment and power structure [du Pouvoir au Japon]; the stoic man is precisely what this power establishment was seeking. In this sense, his films are quite dangerous.

As for Mizoguchi, his starting point was always “pathos” – an abstract emotion – in order to arrive at the perfection of his realism. Mizoguchi’s realism is perhaps the one that might outlast the other two. It appears not to have any interest in the current social situation, and instead concerns itself stubbornly with individual passions. But behind this appearance, one might be able to detect a political critique of society.


Yoshishige Yoshida entrevistado por Pascal Bonitzer e Michel Delahaye, Cahiers du Cinéma n° 224, outubro de 1970

quarta-feira, 9 de junho de 2010

Noite inesquecível.

Imperdível para quem estiver no Rio, em SP ou Brasília, principalmente os Lino Brocka e Mike De Leon.

terça-feira, 8 de junho de 2010

Le père, le fils et le cinéma



Il y a chez Paul Vecchiali un côté vieille France. Ce polytechnicien a toujours géré ses maisons de production (Les Films de Gion, Unité trois, Diagonale) en bon père de famille, avec amour, rigueur et minutie, comme Truffaut, Rohmer, Tavernier, Varda ou moi, à l’opposé du plus grand nombre, qui ne craint pas les paris aventureux ou les risques de faillite. Ce traditionalisme à tous crins est quelque peu contredit par un regard humain et généreux sur le monde des homosexuels.

Le côté réactionnaire, droitier, voire pot-au-feu se traduit notamment par une grande attention envers la famille, les parents. Sur ce plan, je ne vois que Tavernier qui puisse lui être comparé (Daddy nostalgie, L’horloger de Saint-Paul), avec cette différence importante que Tavernier se situe dans un horizon politique tout à fait opposé.

Vecchiali est, je crois, le seul cinéaste au monde qui ait consacré un film à sa mère (En haut des marches) et un autre à son père (Maladie). Les deux sont d’ailleurs judicieusement couplés sur le même disque du beau coffret consacré à Vecchiali par Antiprod. Un traitement inégal en apparence, puisque le premier est un long métrage de fiction et le second un court métrage documentaire, mais ce dernier a l’avantage d’une plus grande rigueur, d’un pouvoir émotionnel et artistique plus affirmé.

Voici une orientation artistique insolite par rapport au contexte culturel national (le “Famille, je vous hais” de Gide) et par rapport à notre cinéma, qui a plutôt tendance à montrer la fracture entre les générations (Truffaut, Chabrol, Becker, Pialat) ou à omettre la génération d’avant (Rohmer, Godard, Rivette, Resnais).

Paul Vecchiali, dix-huit ans après le décès de son père Charles, a retrouvé son journal, qui relate l’évolution de sa maladie depuis 1952 jusqu’à sa disparition en 1959.

Il a donc filmé ce journal tenu sur un carnet. Les indications qu’il contient sont succinctes, précises. Elles ont une rigueur quasi militaire(1). Le défunt était d’ailleurs capitaine. Et l’émotion surgit de ce contraste entre la sécheresse du texte filmé, accentué par le ton neutre du récitant, et tout ce qu’il contient de dramatique. On a vraiment l’impression d’un mal inexpugnable (nous sommes prévenus dès le début de l’issue fatale) qui progresse sans trêve malgré de courtes accalmies. Tout commence par des crises d’asthme, qui semblent avoir entraîné des affections bien plus graves, puisque le capitaine Vecchiali allait mourir d’un cancer. À moins qu’il y ait eu concomitance fortuite.

Le texte est lu, avec quelques retouches, par Paul Vecchiali, d’une façon assez bressonienne. On pense d’ailleurs au redoublement écrit/voix du Journal d’un curé de campagne. Le spectateur lit plus vite l’écrit que le récitant. Ce qui fait que, souvent, pour garder le dyssynchronisme, Vecchiali commence à lire la quatrième ou la cinquième ligne du texte. Le spectateur doit alors faire un effort pour essayer de retrouver sur le cahier le texte qu’il vient d’entendre. Ce qui augmente sa participation au film.

Vers la fin, l’écriture, fort lisible jusque-là, devient brisée, maladroite. Aiguillés par quelques effets de métamorphose faciale dus à la maladie, que révèle un montage cut saisissant, nous prenons conscience de ce que Charles approche de sa fin, ce dont il se rend bien compte lui-même. Paul Vecchiali ajoute que son père relate son dialogue avec Dieu (il prétend l’avoir entendu), qu’il identifiait la vie à un passage, et que l’éternité constituait la vraie vie.

On retrouve ici l’itinérance des fins de vie. Charles Vecchiali erre de Toulon à La Roquebrussanne, au Luc et à Montpellier: les personnes très malades sont sans cesse à la vaine recherche – souvent contradictoire – d’un lieu, ou d’un hôpital où elles pourraient se trouver mieux…

Le mimétisme entre Charles et Paul demeure saisissant. La moustache commune y est pour beaucoup. Les photos de la famille sont en noir et blanc, tout comme une image de Paul, une photo semble-t-il. Mais soudain, elle s’anime(2). Il a voulu un moment se situer sur le même plan que son père. On croit un instant voir les doigts de Charles, mais ce sont ceux de Paul. Et en plus, Paul parle à la première personne en lieu et place du père, comme s’il voulait prolonger son existence.

Cela surprend dans l’œuvre de Vecchiali, où les protagonistes sont plutôt féminins, maternels (rien que des femmes dans Femmes femmes, Danielle Darrieux dans En haut des marches(3)).

Nous trouvons donc, pour l’essentiel, des plans en couleurs de Paul Vecchiali qui parle, des plans sur des photos de famille en noir et blanc et des plans sur le carnet, avec parfois, comme en surimpression, certaines photos. Mais il ne s’agit probablement pas de surimpressions: cela eut coûté trop cher par rapport à l’économie du film. Ce sont des jeux de miroirs qui renvoient l’image de la photo, quelque peu évanescente, sur les pages du carnet.

Maladie est en fait un no budget film. Vecchiali prétend l’avoir tourné en deux heures. Ce qui me vexe: j’ai passé plus de temps à rédiger ce texte. Nous avons ici la preuve qu’on peut réussir des chefs-d’œuvre touchants, émouvants comme Maladie, avec rien. C’est Maladie qui m’a incité à tourner à nouveau des courts métrages chaque fois que j’en avais envie. En 1978, les réalisateurs de longs métrages se sentaient dévalués s’ils revenaient au court métrage.

Voici, je crois bien, la première fois qu’un cinéaste consacre tout ou partie de son film à sa maladie (Charles étant ici l’alter ego de Paul). Depuis, il y a eu Nick’s Movie (Nicholas Ray, Wim Wenders, 1979), Journal intime (Moretti, 1983), Les derniers mots (Van der Keuken, 1998), Le fil de ma vie (Lionel Legros, 2002), L’insaisissable image (Hanoun, 2007). L’origine de cette complainte de la maladie se trouvait peut-être en fait dans Violence et passion (Visconti, 1975) et à travers l’œuvre de Dwoskin. Le cinéaste cherche à ne pas mourir pour pouvoir finir son film.

On m’opposera que tout était déjà dans le journal de Charles Vecchiali. Paul n’a pas eu grand-chose à faire. Peut-être. Mais c’est le résultat qui compte, peu importe d’où il provient. Il fallait beaucoup de tact, de sensibilité, pour traduire ce journal en film sans le trahir.

Et Maladie recoupe tout un cinéma moderne, fait sur l’écrit et la parole, qui est celui de Bresson et de Straub.

Luc Moullet

1. Dans ce contexte objectif, les très rares adjectifs qui mentionnent la douleur prennent une importance considérable.
2. Vecchiali, de façon discutable, nous trompe un instant : nous croyons avoir affaire à une photo du docteur, alors qu’il s’agit de Charles.
3. Lequel est vraiment le film jumeau : il débute précisément par des photos de famille.

(daqui)

(valeu Maxime)

O Céu de Suely passando na Globo.

Não chega nem a ser um sub-Wim Wenders; mais para Lelouch após ter lido Michel Foucault.

Desisti após o 13° plano consecutivo em que há mais céu enquadrado do que chão (esse tipo de produto para festivais devia vir com um alerta do tipo "atenção: filme conceitual").

sexta-feira, 4 de junho de 2010

Aqui.

(fica a recomendação para que acompanhem o blog, sem dúvida um dos melhores que pude conhecer recentemente)

quinta-feira, 3 de junho de 2010

RETROSPECTIVE DONSKOI

Le cinéma de Marc Donskoi - tel que nous l'a révélé l'hommage que lui a consacré la Cinémathèque française - nous frappe par un singulier amour de la vie. Cette tendresse un peu émue, cet attachement envers tout ce qui naît, cette prédilection pour les enfants; voilà qui ne nous éloigne guère des poncifs du cinéma soviétique et Donskoi ne nous serait rien si, pour lui comme pour les grands, la cruauté n'était la condition de cette tendresse, l'étouffement le lot de la vie et la tragédie l'exigence du bonheur, quand bien même il y faudrait mettre le prix de sa vie.

Parce qu'il croit à l'éclosion finale de la vie, Donskoi s'est attaché à tout ce qui la bride et l'étouffe. L'existence, fébrile et précaire, toujours menacée, saisie sur le visage incompréhensif des enfants, nous mène plus près de Griffith que des autres cinéastes russes. Il y a là une volonté de peindre cette éclosion par tout ce qui la contrarie ou la retarde - et, par là-même, lui donne du poids: la contrainte politique (La Mère, 1955), la description d'un monde étouffant (la trilogie d'après Gorki, 1938-39), la chronique d'un village martyr (L'Arc-en-ciel, 1943), et jusqu'à la légende malheureuse des amants séparés, lorsqu'à l'injustice des hommes se joint celle du hasard (Le Cheval qui pleure, 1958). Thématique commune à tous les films, mais surtout préoccupation majeure du cinéaste: c'est lorsqu'elles sont perdues ou encore à conquerir que les choses existent vraiment: ainsi, le bonheur.

Une même intention préside à la forme des films. Si seule la contrainte donne du prix à l'épanouissement, seule la discontinuité sera promesse d'équilibre. D'où un art qui nous frappe par sa modernité: fondé sur les oppositions, ruptures de ton, complexités de construction et à propos duquel il n'est pas déplacé de parler de musique. Le cinéaste allant jusqu'à ponctuer ses films de rimes intérieures, mouvements de caméra, ne répondant à aucune nécessité si ce n'est celle d'instaurer un réseau de correspondances tout musicales (La Mère). Un art dont l'aboutissement, passées les cassures et les discordances, est une note, une mélodie, dans tous les cas un éclatement: le triomphe final de la vie: l'ultime chevauchée d'Et l'acier fut trempé, 1942, la pluie de tracts de La Mère, le combat libérateur qui clôt L'Arc-en-ciel.

Que ces partis pris se retournent parfois contre Donskoi, que, dans les moins bons films, l'étouffement débouche sur l'ennui, n'ôte rien au mérite du cinéaste, mais prouve seulement que chez lui, comme chez tous les cinéastes inspirés, la beauté semble toujours accordée « de surcroît », indépendamment des formules.

C'est donc entre l'élégie et la cruauté, entre Le Cheval qui pleure et L'Arc-en-ciel, qu'il faut placer Marc Donskoi, s'il est vrai, selon les paroles du cinéaste, qu'il faut savoir haïr pour pouvoir aimer.

Serge DANEY.

Cahiers du Cinéma nº 154, abril 1964, pp. 52

terça-feira, 1 de junho de 2010

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